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Stratégies RATP et SNCF face à l’ouverture à la concurrence

Strategies

Le calendrier pour l’ouverture à la concurrence du marché des transports de voyageurs en France est fixé de longue date. Au regard de cet échéancier, la RATP et la SNCF, deux acteurs majeurs et historiques de la mobilité, développent des stratégies différenciées pour s’y préparer.

Les enjeux à relever

En effet, les enjeux sont de taille s’ils veulent conserver leur position dominante :

  • Le premier enjeu est d’ordre commercial: il vise à éviter la diminution de leur part de marché actuelle. Or, cela peut se produire suite à la perte d’appels d’offres concernant des lignes qu’ils exploitent déjà. Autrement dit, il s’agit pour eux de préserver tant que faire se peut l’existant et de rester présents sur le ou les « territoire(s) » sur le(s)quel(s) ils sont présents depuis des décennies.
  • Le deuxième enjeu est d’ordre social et organisationnel: il s’agit de gérer les conséquences humaines impactant leurs salariés si ce scénario venait, malgré tout, à se produire. Pour autant, ils doivent aussi traiter par anticipation l’embauche et la montée en compétences de nouvelles équipes. En effet, il faudra les constituer au cas où ils remporteraient des appels d’offres sur de nouveaux territoires.
  • Le troisième enjeu est un enjeu de développement externe: il concerne la conquête de nouvelles lignes à exploiter en France et à l’international pour des modes déjà opérés, mais aussi pour de nouveaux modes afin d’étendre leur marché et d’accroître leur notoriété. C’est aussi un bon moyen pour eux de compenser les appels d’offres qu’ils pourraient perdre.

Pour ce faire, la RATP et la SNCF se mobilisent afin d’élaborer les meilleures stratégies envisageables pour y répondre.

Le calendrier de l’ouverture à la concurrence

Pour mémoire, les principales dates d’ouverture à la concurrence sont prévues comme suit pour les différents modes :

Décembre 2020          Lignes TGV (concurrence autorisée en « Open Access »)

Décembre 2023          Lignes TER en appels d’offres lancés par les Régions AOMs (*)

2024                             Ensemble du réseau ferré national sur appels d’offres

Décembre 2024          Bus en Île-de-France

Décembre 2029          Tramway en Île-de-France

2039                             Métro et RER (lignes existantes) en Île-de-France

(*) Autorités Organisatrices de Mobilités telles que définies par la loi LOM

D’ores et déjà, toutes les nouvelles lignes mises en service à partir de 2020 sont ouvertes à la concurrence (cas des lignes du Grand Paris Express notamment). A cette occasion, Île-de-France Mobilités (IDFM), l’Autorité Organisatrice de Mobilités, lancera des appels d’offres.

                                                                    Source : https://www.sncf.com

Stratégies développées par la RATP

Création de la filiale RATP CAP Île-de-France

Pour répondre aux appels d’offres franciliens lancés par IDFM, le Groupe RATP a créé une filiale dédiée : RATP CAP Île-de-France. Il s’agit d’une SASU fondée en décembre 2018, au capital social de 31 400 000 €. Xavier Léty, nommé depuis le 1er mars 2021, en est le Président. Elle s’inscrit en complémentarité de la RATP (EPIC historique) et de sa filiale, RATP Dev (en charge du développement en France et à l’international). Ce faisant, elle a pour ambition de faire que le Groupe RATP demeure LA référence du transport public urbain en Île-de-France.

Au démarrage, elle répondra aux appels d’offres concernant le réseau bus. Cela vaut autant pour ses propres lignes et que pour celles de ses concurrents. En effet, le bus sera le premier mode concerné par l’ouverture à la concurrence. C’est un marché très convoité par les opérateurs privés car il représente un chiffre d’affaires de 3 Milliards d’Euros. Par la suite, elle s’attaquera au tramway et au tram-train. Enfin, elle élargira ses perspectives aux lignes Transilien régionales, actuellement exploitées par la SNCF.

Partenariats stratégiques

  1. Partenariat RATP Dev et Getlink

Par ailleurs, en anticipation des futurs appels d’offres régionaux, RATP Dev a opté pour le montage de partenariats stratégiques. Ainsi, le contrat de partenariat signé avec Getlink (ex-Eurotunnel) a permis de constituer une joint-venture baptisée Régionéo (55 % pour la RATP et 45 % pour Getlink). Elle entend proposer une offre « sur mesure » pour chaque région afin de tenir compte de la spécificité de leur approche. Son ambition est de soumissionner aux appels d’offres de cinq régions (Sud PACA, Grand Est, Hauts-de-France, Pays-de-la-Loire et Île-de-France) pour leurs trains régionaux.

Via cette alliance, Régionéo couvre l’ensemble de la chaîne de valeur à mettre en œuvre pour les appels d’offres ferroviaires régionaux. En effet, à l’expertise de RATP Dev sur le transport de voyageurs en France et à l’international s’ajoute celle de Getlink pour le transport ferroviaire. Cette alliance porte déjà ses fruits avec une préqualification actée sur la région Grand Est. Aujourd’hui, elle se positionne sur l’appel d’offres pour le lot « tram-train » et « Sud Loire » lancé par le Conseil Régional des Pays de la Loire.

  1. Partenariat Groupe RATP, Airbus et Groupe ADP

Dans le même temps, le Groupe RATP s’est associé à Airbus et au Groupe ADP dans le cadre d’un partenariat pour développer un nouveau modèle de mobilité urbaine. Il s’agit d’un système d’aéronefs à décollage et à atterrissage verticaux (VTOL) en zone urbaine. Il devrait être utilisé pour les Jeux Olympiques 2024 à Paris. Outre les aspects techniques, l’intermodalité avec les offres de mobilité existantes, l’insertion urbaine et l’acceptabilité du public sont des questions à l’étude.

Au vu de ce qui précède, il semble bien que la RATP œuvre pour rester le 1er opérateur d’Île-de-France en conservant ses parts de marché historiques. Pour autant, elle envisage aussi d’étendre son emprise à d’autres territoires en exploitant d’autres modes grâce à d’autres partenariats stratégiques.

Gestion du personnel

Pour l’Île-de-France, IDFM a prévu de traiter chaque appel d’offres sous la forme d’un allotissement. Selon les résultats, les salariés RATP concernés feront l’objet d’un transfert de l’EPIC vers l’opérateur de transport qui aura remporté le contrat. De ce fait, il pourra s’agir d’un transfert vers RATP CAP Île-de-France ou vers la filiale d’un concurrent. Les salariés concernés doivent être en contrat avec l’EPIC et exercer un emploi nécessaire au fonctionnement de l’activité bus. A cet effet, le décret « Transfert » du 30 juillet 2021 détaille les conditions de la mise en œuvre. Pour autant, les questions sociales restent un sujet particulièrement délicat à traiter.

En matière de recrutement, la RATP joue pour le moment la prudence. De fait, elle attend de voir si les résultats des premiers appels d’offres lui seront ou pas favorables. De même, elle étudie avec attention les questions d’ordre opérationnel qui se présenteront à elle pour les nouvelles lignes gagnées. En effet, la mise en place de nouvelles équipes pour leur gestion au quotidien ne s’improvise pas. De même, la reprise des systèmes d’information existants s’avère tout aussi épineuse (système d’aide à l’exploitation, billettique, information voyageurs, ingénierie…).

Stratégies développées par la SNCF

Son programme « Riposte » contre la concurrence

Pour la SNCF, l’ouverture à la concurrence se matérialise déjà en France, doucement mais sûrement. Le premier concurrent remarqué est la société italienne TRENITALIA et ses trains à grande vitesse Frecciarossa. Ainsi, elle assure 2 allers-retours quotidiens sur la liaison TGV Paris-Lyon-Milan. Son offre se décline sur 4 classes de façon à couvrir toute la gamme de goûts et de conforts attendus par les voyageurs.

Avec son programme « Riposte », la SNCF a répliqué en proposant sur le même axe un service de 1e classe dédié aux professionnels qu’elle va délivrer sur des rames neuves. Sa fréquence sera de 22 rotations quotidiennes à une heure d’intervalle. Appelé « Business Première », cette nouvelle offre prévoit des services d’accompagnement qui rappelle ceux de l’aérien. Accès aux salons, embarquement rapide, portail multimédia, offre de rafraîchissement et/ou de restauration légère compris dans le prix du billet en font partie. A bord, sont aussi prévus des espaces voyageurs plus larges et des équipements spécifiques (prises de courant et USB, miroirs de courtoisie). La réplique se justifie d’autant que cet axe est le plus rentable pour la SNCF. Enfin, l’application d’un tarif différenciant devrait lui permettre de contrer son concurrent et de reconquérir sa clientèle d’affaires.

Partenariats stratégiques

  1. Partenariat SNCF et BlaBlaCar

La SNCF et BlaBlaCar ont conclu une alliance dès la fin 2018 pour proposer aux voyageurs différentes options pour leurs déplacements. Ainsi, ils ont le choix entre le train, le bus ou le covoiturage. De même, ils peuvent bénéficier d’offres combinées train + autocar ou train + covoiturage pour des trajets de porte-à-porte. Cette offre est accessible via la plateforme numérique SNCF Connect présentée comme « le service tout-en-un des mobilités ». Elle est annonciatrice de l’ambition nationale portée par la SNCF en matière de plateforme de Mobilité Servicielle (MaaS). En effet, on peut la présenter comme à la fois une agence de voyages et un distributeur automatique de titres de transport.

Ce faisant, la SNCF a placé son atout sur l’avantage numérique que lui procure cette plateforme multimodale. Au travers d’une stratégie multicanale et multiservices, elle lui permet d’asseoir sa place de leader e-commerce dans le domaine des voyages en France. De plus, elle constitue un excellent moyen de toucher davantage de voyageurs en leur proposant ses offres Premium (produit inOui) et Access (produit OUIGO). A l’horizon 2025, la SNCF escompte atteindre un volume d’affaires de 6,5 milliards d’Euros contre 4,3 milliards d’Euros en 2021. Il est certain que cette plateforme est appelée à s’étoffer au fil du temps en intégrant progressivement d’autres modes au gré de nouveaux partenariats de mobilité.

  1. Partenariat SNCF et MICHELIN

Ce partenariat a pour objectif de valoriser son offre TER sous l’angle touristique. Ainsi, la réalisation par MICHELIN d’un guide spécifique intitulé « Vacances en train » doit permettre de découvrir la France. 40 lignes TER sont concernées. On y découvre comment se procurer des vélos, où trouver les hébergements attendus, où déguster les spécialités locales dans de bons restaurants…

Pour autant, les TER sont fortement convoités par la concurrence. Ainsi, TRANSDEV a été retenue pour exploiter dès l’été 2025 les TER de la ligne Marseille – Nice. Quant à RAILCOOP, il fourbit ses armes en prévision de l’ouverture à la concurrence des lignes transversales prévue pour la fin 2022 afin de se positionner.

Gestion du personnel

Tout comme pour la RATP, en cas d’appels d’offres non remportés par la SNCF, les personnels concernés par l’exploitation devront être transférés dans la structure de l’opérateur retenu. La priorité sera donnée à ceux qui seront volontaires pour ce départ. Cependant, si le nombre de volontaires est insuffisant, des salariés seront désignés sur la base de critères fixés par la loi. Parmi ces critères, la distance domicile-travail et l’ancienneté du salarié sur le poste seront pris en compte. On imagine sans peine que l’opération ne sera pas simple à réaliser.

En conclusion

 De fait, l’ouverture du marché des transports de voyageurs s’annonce comme une opération très complexe à gérer pour la RATP et la SNCF. Elle le sera également pour les Autorités Organisatrices de Mobilités concernées. L’étalement de l’opération sur plusieurs années devrait servir d’apprentissage pour en éviter les chausse-trapes. Cependant, elle constitue aussi une opportunité pour améliorer la qualité de service dans les transports et obtenir des gains de compétitivité par une hausse des performances générales.

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