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Reconnaissance faciale et transports publics

Reconnaissance faciale

La reconnaissance faciale fait partie des technologies biométriques dont il est beaucoup question actuellement. Il est vrai qu’elle soulève de nombreux débats tant au niveau national qu’aux niveaux européen et international. Pour l’essentiel, ceux-ci relèvent de la protection des libertés et des droits fondamentaux des citoyens. Cependant, ils abordent aussi les besoins croissants de sécurité face au risque terroriste pour les États. Quant aux industriels, ils considèrent que les enjeux économiques liés à son développement sont essentiels pour rester dans la course internationale. Enfin, les opérateurs de transports publics utilisent déjà des systèmes de vidéo surveillance dans leurs espaces de transport. Aussi s’interrogent-ils sur l’intérêt d’y associer une reconnaissance faciale ou pas. Ils veulent assurer à leurs voyageurs des conditions de mobilité encore plus sûres et efficaces.

Reconnaissance faciale : de quoi parle-t-on ?

Techniquement parlant, un dispositif de reconnaissance faciale se définit comme une méthode d’identification biométrique automatisée de personnes. Pour ce faire, on utilise un ensemble de techniques informatiques. Elles permettent de transformer des informations analogiques sur le visage de la personne concernée (caractéristiques biologiques et physiques) en informations numériques (données). Ce code numérique s’appelle l’« empreinte faciale ».

Or, les données biométriques sont des données à caractère personnel, uniques et permanentes, du fait qu’elles permettent d’identifier une personne. A ce titre, on doit leur appliquer, dans le cadre européen, le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) et la directive « Police-Justice » du 27 avril 2016. En France, la CNIL assure le rôle de régulateur et veille au respect de l’application de ces lois.

Les usages de la reconnaissance faciale

Par abus de langage, on parle souvent de LA reconnaissance faciale alors qu’on devrait dire LES reconnaissances faciales. En effet, si l’on examine les différents cas d’usage auxquels elle s’applique, on s’aperçoit qu’il en existe une multitude. Pour l’essentiel, ces cas concernent la vérification et l’identification.

Les systèmes de reconnaissance faciale peuvent analyser mathématiquement et en temps réel une image entrante en 2 ou 3 dimensions. Ils la comparent alors à celle stockée dans une base de données. A titre d’exemples, on peut citer comme usages :

  • Le 2e facteur d’authentification, pour rendre plus sûr le processus de connexion
  • Le déverrouillage du téléphone mobile sans code PIN
  • L’accès aux applications portables sans saisie d’un mot de passe
  • L’accès à des services en ligne préalablement souscrits (connexion à des plateformes en ligne)
  • L’entrée d’immeubles (bureau, évènements, installations diverses, laboratoires de recherche…)
  • Une méthode de règlement à la fois dans des magasins physiques et en ligne
  • L’accès à un dispositif verrouillé
  • L’enregistrement à des services (aéroports, hôtels…)
  • L’identification dans une foule d’une personne recherchée par les forces de police
  • Le passage aux frontières dans le cadre du traitement PARAFE.

L’utilisation de l’Intelligence Artificielle (IA) et des technologies d’apprentissage automatique (Deep Learning) combinée à la vidéo a permis d’en améliorer les résultats. Ainsi, les systèmes de reconnaissance faciale peuvent fonctionner avec des standards de sécurité et de fiabilité plus élevés.

Cependant, ces différentes utilisations ne répondent pas toutes aux mêmes enjeux, notamment en termes de contrôle des personnes sur leurs données. Parmi les 4 enjeux prioritaires en relation avec la reconnaissance faciale, on distingue :

  1. La protection des droits et des libertés fondamentaux des citoyens
  2. L’éducation et la sensibilisation du grand public
  3. La transparence des technologies utilisées
  4. La fiabilité et l’efficacité de ces technologies.

Analyse des risques

Différents types de risques sont inhérents à la reconnaissance faciale. Ils sont d’ordre :

  • Technologique : La reconnaissance faciale s’appuie sur une analyse probabiliste et non sur une certitude absolue. De ce fait, la correspondance entre un visage et son « empreinte faciale » enregistrée comme référence résulte d’une estimation. Les performances en sont donc variables. Les conséquences peuvent être très graves pour toute personne non reconnue (refus d’accès à un service). Il en est de même pour toute personne confondue avec une autre parce que reconnue de manière erronée (erreur d’identification)
  • Éthique : Ils concernent la non-discrimination et l’équité de traitement de même que la protection de la vie privée et des renseignements personnels. Ainsi, il est toujours possible d’introduire des biais, de limiter la transparence et l’explicabilité des algorithmes ou de diluer la responsabilité lorsque des algorithmes interviennent dans un processus de prise de décision
  • Sociétal : Aujourd’hui, l’utilisation banalisée des réseaux sociaux expose déjà nos visages, et avec notre consentement, sans réelle prise de conscience des risques encourus. La reconnaissance faciale peut, quant à elle, devenir omniprésente et intrusive dans notre vie quotidienne en l’absence de barrières légales. La Chine en a fait son cheval de bataille et l’utilise sans aucun frein sur son territoire. Par ailleurs, elle exporte aussi ses systèmes de reconnaissance faciale dans le monde entier. 

L’évaluation de ces risques s’avère donc absolument nécessaire avant d’engager tout projet. Il faut vérifier s’ils sont acceptables ou pas dans le cadre d’une société démocratique. C’est pourquoi, si des risques sont avérés et acceptés, les régulateurs doivent être en mesure d’obtenir de la part de ceux qui sont les porteurs du projet les garanties appropriées.

La reconnaissance faciale viendra-t-elle dans les transports publics ?

Cas du métro de Moscou

D’ores et déjà, la reconnaissance faciale est opérationnelle dans le métro de Moscou (2e métro le plus fréquenté au monde) pour le paiement et la validation des titres de transport. Son introduction date d’octobre 2021 et 1 000 volontaires l’ont testée sur une seule ligne. Pour autant, d’ici 2 ou 3 ans, ce sont entre 10 à 15 % des voyageurs qui pourraient l’utiliser sur les 14 lignes de ce réseau. A terme, elle devrait également s’étendre aux bus et aux tramways de cette capitale.

Les bénéfices voyageurs

Du point de vue utilisateur, ce sont la simplicité et la rapidité qui prévalent (la méthode s’avère de fait 3 fois plus rapide que les méthodes traditionnelles). En effet, il n’est plus nécessaire de recharger sa carte de métro ou d’acheter des billets et de perdre son temps dans les files d’attente. De plus, les touristes n’ont plus à se tracasser pour obtenir une carte de transport ou acheter des tickets. Les fraudeurs sont aussi moins nombreux. En tout cas, ce déploiement n’a pas surpris les voyageurs moscovites. En effet, selon Telecom Daily, il y a déjà plus de 200 000 caméras de surveillance déployées dans les rues de cette ville. De ce fait, Moscou est le 2e plus grand réseau de télévision en circuit fermé du monde…

Pour utiliser ce nouveau service, il suffit de télécharger une photo de son visage et de connecter sa carte bancaire et sa carte de métro dans l’application MosMetro. Ensuite, les voyageurs n’ont plus qu’à regarder les caméras installées au niveau des tourniquets chaque fois qu’ils passent les lignes de contrôle.

Les bénéfices opérateur de transport

L’opérateur de transport y trouve également son intérêt économiquement parlant. En effet, cette solution lui permet de faire des économies sur l’achat et la maintenance des distributeurs de titres ainsi que sur la fourniture des cartes et tickets. Le système a bien fonctionné même pendant la crise sanitaire car il suffisait de baisser son masque au passage des lignes de contrôle.

Video

Projet européen PREVENT-PCP

Ce projet rassemble 24 partenaires, soit 12 acheteurs publics, 10 opérateurs de transport et 2 forces de l’ordre pour 8 pays différents dans le cadre d’une préconsultation.  L’appel d’offres ne sera lancé qu’en juin 2022. Il vise à renforcer la sécurité dans les infrastructures de transport public et les zones publiques environnantes. Cette opération se fera via des achats innovants de solutions technologiques proposées par les soumissionnaires. Elles devront couvrir les besoins suivants :

  • La détection automatique et en temps utile d’objets potentiellement dangereux laissés sans surveillance dans les espaces de transport public
  • L’identification et le suivi des auteurs de ces infractions en s’appuyant sur les caméras CCTV déjà installées pour les retrouver, que l’abandon soit intentionnel ou pas
  • Et l’intégration et l’interopérabilité de la technologie proposée dans les systèmes standards de gestion de crise et les VMS (Video Management Systems).

Les défis à relever

Les défis du projet PREVENT-PCP se résument en 4 points :

  • La classification et la détection des objets : le dispositif proposé devra pouvoir distinguer différents types d’objets (bagage, sac à main, colis, animal, personne…) et les localiser dans l’image
  • L’association d’un objet à une personne ou à un groupe : l’objet devra pouvoir être associé à son/ses propriétaire(s)
  • La réidentification de personnes (de manière non biométrique ou biométrique / par reconnaissance corporelle ou faciale)
  • Les algorithmes d’apprentissage pour détecter les objets non surveillés seront non supervisés.

4 solutions sélectionnées parmi les propositions soumises feront l’objet d’une évaluation sur différents sites. Les pays retenus pour accueillir ces pilotes opérationnels sont la France, l’Espagne, le Portugal et l’Italie.

Objets oubliés = retards d’exploitation et danger potentiel

A titre indicatif, au cours des 5 dernières années, l’Europe a recensé une vingtaine d’attentats dans les transports publics. Par ailleurs, chaque objet abandonné est considéré comme suspect. Il donne lieu à la mise en œuvre d’une procédure de sécurité bien rodée. Immédiatement, un périmètre de sécurité est établi tout autour. Les conséquences sur le trafic sont conséquentes et pénibles pour les voyageurs. En effet, le trafic est suspendu et l’accès à l’espace concerné limité. Cette interruption peut durer plusieurs minutes, mais parfois jusqu’à deux ou trois heures.

Ce type d’opération peut conduire à isoler un quai, à faire descendre les voyageurs d’une rame ou à bloquer l’entrée d’une station. Les opérateurs de transport ont alors recours au service de déminage rattaché au Ministère de l’Intérieur. Après examen du colis suspect, ces policiers peuvent décider de le détruire après l’avoir recouvert d’une cloche pour éviter les effets liés à l’explosion. Dans le même temps, une équipe de crise gère à distance le déroulement de l’évènement. Quant aux voyageurs, ils reçoivent régulièrement des informations et doivent modifier leur itinéraire pour éviter tout risque.

PREVENT-PCP, une démarche expérimentale encadrée

Rappelons que la CNIL a déjà antérieurement accepté le recours à la reconnaissance faciale pour certains dispositifs. Il s’agit de PARAFE, ALICEM et de l’expérimentation pour le Carnaval de Nice. Ainsi, dans le cas de PREVENT-PCP, la CNIL devrait donner son avis en tant que régulateur et conseil des pouvoirs publics. Cet avis interviendra pour l’élaboration de l’encadrement expérimental de la reconnaissance faciale en amont du lancement des pilotes. Ainsi, les frontières et les modalités de mise en œuvre seront clairement établies pour faciliter ces expérimentations. Pour autant, il est envisageable que certaines des solutions s’appuieront sur d’autres approches que la reconnaissance faciale.

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