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Quel futur pour les mégapoles ?

Que nous le voulions ou non, nous sommes dans l’ère des mégapoles. C’est ce que James Canton, futurologue américain et auteur de « The Extreme Future », affirme. Pour autant, mégapoles ne veut pas dire Smart City.

Caractéristiques des mégapoles

Ces très grandes villes ont des caractéristiques qui sont autant de signes de leur démesure :

  • Un nombre d’habitants très élevé (10 millions et souvent bien plus),
  • Un étalement urbain sur des milliers de kilomètres carrés,
  • Des conceptions architecturales, urbanistiques, environnementales, économiques et sociales remises en cause,
  • D’énormes difficultés dans la gestion de la mobilité au quotidien (en voiture particulière tout comme en transports publics),
  • La nécessité de maîtriser la production, la distribution et la consommation de ressources qui se raréfient,
  • Une complexité extrême pour leur organisation et leur gouvernance…

Ainsi, les défis à relever ne manquent pas. Ils constituent autant de sujets de réflexion pour définir les politiques de la ville les mieux adéquates et engager rapidement les actions appropriées sous peine de basculer dans le chaos.

Les mégapoles et leurs problématiques

Pour la première fois, en 2008, les villes ont accueilli plus de la moitié de la population mondiale. Cela fait suite à un phénomène d’urbanisation qui n’a fait que s’accentuer à partir des années 1800. Un autre changement conséquent devrait intervenir aux environs de 2040. A ce moment, la majorité de la population mondiale vivra dans des mégapoles.

Force est de constater que les mégapoles existent d’ores et déjà. Elles sont aujourd’hui au nombre de 26, mais d’ici 2020, leur nombre aura doublé. L’Asie en détient à elle seule 54 % et c’est sur ce continent que les 5 premières mégapoles se trouvent. C’est en soi un révélateur…

Source : The Royal Statistical Society (2011)

D’ici une dizaine d’années, il est probable que Guangzhou, actuellement 2e au classement mondial, prenne la 1e place à Tokyo si son taux de croissance annuel se maintient tel qu’aujourd’hui. Paris se situe, quant à elle, en 26e position avec un peu plus de 10 millions d’habitants.

La population mondiale explose avec plus de 7 milliards d’individus à ce jour. En 2050, elle atteindra le chiffre record de 9 milliards. Les mégapoles situées en Asie et en Amérique Latine vont devenir de plus en plus attractives. La prospérité (ou l’espoir de prospérité) qu’elles sont censées procurer à leurs habitants crée des conditions d’affluence records. Cette situation va également exacerber les tensions entre pays développés vieillissants et pays jeunes en plein développement.

Les attentes des citoyens

Quoi qu’il en soit, les mégapoles devront être en mesure de répondre aux attentes de leurs citoyens. Il peut s’agir de santé, de travail, de sécurité, d’énergie, de loisirs, de mobilité. Pour autant et surtout, d’une manière plus générale, c’est l’amélioration de leurs conditions de vie en ville qui sera en haut de la liste.

Dès lors, beaucoup de questions se posent auxquelles il faut apporter une réponse concrète :

  • Comment la gestion de ces mégapoles se fera-t-elle ?
  • D’où les ressources (eau, électricité, gaz, pétrole, alimentation…) nécessaires aux habitants proviendront-elles ? Comment seront-elles distribuées et consommées ?
  • Quid de la gestion des déchets ?
  • Comment parviendra-t-on au subtil équilibre entre développement durable et qualité de vie souhaitée par les citoyens ?
  • Comment le changement climatique risquera-t-il d’influencer la vie dans les mégapoles ?
  • Quel type de gouvernance faudra-il privilégier ?
  • Quelle place et quel rôle y auront les habitants pour devenir des acteurs proactifs et innovants et contribuer à l’amélioration de la vie dans leur cité ?

A ce jour, on peut constater que les réponses apportées  sont assez limitées et souvent partielles. Sur certains sujets, elles sont même inexistantes eu égard au niveau de complexité auquel on se trouve confronté.

A terme, il est même probable que les citoyens préfèrent aller vivre ailleurs que dans des mégapoles qui dépassent les 12 à 15 millions d’habitants. Leur souhait est d’avoir des conditions de vie plus faciles et moins contraignantes. En  effet, c’est la taille maximale jugée acceptable par McKinsey dans son étude pour être en capacité de maîtriser leur gouvernance.

Les 4 scénarios de futur extrême pour les mégapoles

Dans la perspective d’un futur aussi complexe, James Canton a imaginé 4 scénarios extrêmes pour les mégapoles. The Royal Statistical Society les a développés en 2011. Il s’agit de la ville du chaos, de la ville des gangs, de la ville fortifiée et de la ville intelligente.

On retrouve déjà certains de ces scénarios dans des films (Metropolis de Fritz Lang en 1927, Blade Runner, Demolition Man, THX 1138, Minority Report, Avatar) et dans des livres (Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, la BD Judge Dredd 2000 AD). Ils montrent très souvent des villes gouvernées par une élite, des villes violentes et polluées et des citoyens réduits à l’état d’esclaves ou sous le contrôle de la technologie au quotidien (robotisation excessive, surveillance permanente…).

La ville du chaos

Dans ce premier scénario, l’échec constaté de l’État se caractérise par l’absence de tout ordre. Les structures qu’elles soient formelles ou informelles ont totalement disparu de sorte qu’il ne reste plus que le chaos au quotidien.

De ce fait, le commerce légitime est inexistant et l’anarchie devient la normalité. Tous les services essentiels ne peuvent plus du tout être assurés. Des flux de réfugiés urbains entrent et sortent dans un va-et-vient incessant. Désormais, ce sont les conditions liées à la survie qui prévalent. Des factions rivales se disputent le contrôle du pouvoir, les ressources et le territoire. Les conflits et les micro-guerres représentent une constante.

Les villes qui partagent ces caractéristiques peuvent être trouvées aujourd’hui en Haïti, au Liban, au
Congo et au Nigeria. Mogadiscio en Somalie en a peut-être été le premier exemple.

La ville des gangs

Au-dessus de la ville du chaos, se situe la ville des gangs. C’est un monde qu’on peut qualifier d’un peu plus ordonné. Il s’agit de celui des seigneurs de guerre et des gangs qui ont officieusement repris à leur
compte la sécurité, l’économie, le commerce et les ressources de la ville.

Dans ce scénario, une infrastructure de gang que l’on pourrait qualifier de « raisonnable et ordonnée » peut parfois émerger. Elle met de l’ordre dans les villes chaotiques où la gouvernance formelle est absente. Pour autant, cela n’est pas nécessairement perçu comme une solution indésirable par la population. Tout comme dans le précédent scénario, la ville des gangs réprime la liberté individuelle, la démocratie et la primauté du droit. Pourtant, dans certains cas touchant la liberté individuelle, elle peut être acceptée par la population.

Par exemple, en Afghanistan, les Talibans ont pris dans une région une installation qui produisait de l’électricité et en ont assuré ensuite la gestion, le contrôle et même la facturation. Le service a ainsi pu être maintenu aussi bien pour la population que pour les Talibans eux-mêmes. Ce modèle n’est certes pas idéal ni démocratique. Cependant, il peut devenir un modèle de mégapole, dès lors qu’un organisme contrôlé, en l’occurrence le gang, assure toujours les services essentiels. On peut citer aussi les Yakuzas au Japon, les cartels de la drogue en Colombie ou les gangs dans les ghettos du Brésil intégrés à la ville.

À l’avenir, face à la demande croissante des habitants des mégapoles pour obtenir davantage de
services, il est vraisemblable que les structures du pouvoir légitime ne soient pas en mesure d’y répondre. Cela pourrait conduire à l’acceptation de réseaux informels tels que les gangs.

La ville fortifiée

Dans ce scénario, les élites au pouvoir qui agissent avec le consentement de la classe moyenne ou via
le processus électoral, ont créé une ville sûre, sécuritaire et durable. Ce sera, en réaction à l’urbanisation extrême, à l’immigration débridée, à la criminalité ou aux conflits entre groupes démographiques ou politiques. L’ordre, la discipline, la règle de droit et une liberté limitée dans certaines limites (telles que la critique sociale versus la dissidence) sont tolérés.

Le compromis sera de disposer de libertés personnelles plus limitées en échange d’une société plus sûre et économiquement viable. Dans ce cas, la sécurité et la stabilité auront la préférence de la population. Dubaï pourrait être considérée comme un modèle.

La ville intelligente

Ce scénario considère les villes comme des systèmes. Ceux-ci sont intelligemment conçus et
développés. C’est pourquoi ils peuvent traiter de manière très efficace les problèmes de la population. La ville intelligente est aussi celle qui va utiliser massivement les technologies de pointe et les sciences issues des NBIC (Nanosciences – Biotechnologies – sciences de l’Information – sciences de la Connaissance). Son objectif est de faire face aux grands défis de l’avenir de la ville tels que l’énergie, la santé, la sécurité et le commerce.

Ainsi, la ville intelligente commercialisera l’excédent d’énergie qu’elle produira pour ses besoins propres auprès d’autres villes. Elle permettra aux citoyens de bénéficier des tout derniers réseaux de communication pour accéder aux médias, se divertir, faire du commerce et augmenter la productivité.

Des matériaux avancés seront utilisés pour la construction de nouvelles structures intelligentes et
plus écologiques. Les voitures de la ville intelligente et les transports publics mettront en œuvre des stratégies vertes et se déplaceront de façon automatique, donc sans conducteur. La ville intelligente sera la ville durable de demain. Les environnements viables seront verts, sûrs et optimisés pour le plus grand bien de la communauté des habitants.

Internet sera intégré à chaque chose, c’est-à-dire que tous les objets et toutes les personnes seront en permanence connectés. De ce fait, la ville intelligente s’appuiera sur l’intelligence artificielle car l’intelligence humaine sera dépassée. L’énorme volume d’informations à traiter et la complexité des défis à relever et des décisions à prendre en sont la cause. D’ici 2035, des machines dotées d’une super intelligence prendront le relais pour gérer la complexité des villes qu’il s’agisse du changement
climatique, de la lutte contre la pollution ou de la géo-ingénierie.

En conclusion

Nous nous trouvons aujourd’hui à la croisée des chemins et les décisions que nous prenons nous
engagent à coup sûr pour l’avenir. Même s’il est peu probable que le scénario que nous développerons soit au final aussi tranché que l’un des quatre scénarios ci-dessus, il est vraisemblable qu’on aboutisse pour une même mégapole à un composite. Certaines zones urbaines développeront davantage les caractéristiques d’un des scénarios. On en voit d’ailleurs déjà les prémices.

Au regard du scénario de la ville intelligente qui a, semble-t-il, la préférence des pays occidentaux, il
convient de prêter une attention particulière à la vision très techno-centrée qui a le vent en poupe
actuellement.  En effet, elle se développe au détriment de l’humain en mettant en avant le « comment faire » au lieu du « quoi et pour quoi faire ». N’oublions pas, en effet, que si la ville est construite par les hommes, elle est surtout construite pour eux. Il est donc légitime qu’en tant que citoyens, ils soient parties prenantes aussi bien dans l’élaboration que dans la réalisation du projet de ville où ils vivront.

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