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L’innovation frugale ou comment faire mieux avec moins

Son premier livre à succès « L’innovation Jugaad » présentait les voies astucieuses de l’innovation adoptées par les pays émergents. Elles leur permettent de concevoir des produits et services innovants en dépit d’énormes manques de ressources. Cette fois-ci, Navi Radjou réitère avec un autre titre tout aussi emblématique : « L’innovation frugale ».

Pourquoi choisir le frugal en innovation ?

L’innovation frugale se présente avant tout comme une véritable stratégie de rupture. En effet, elle permet, aux entreprises de créer plus de valeur économique et sociale. Dans le même temps, elle minimise l’utilisation de ressources rares telles que l’énergie, l’eau, le capital, les moyens humains et le temps. Elle consiste aussi à innover plus vite, mieux et avec des ressources restreintes. Enfin, son objectif vise à proposer aux consommateurs des services peu chers.

Elle résulte d’un nouvel état d’esprit qui considère le manque de ressources non pas comme une contrainte insurmontable, mais plutôt comme une véritable opportunité. En effet, cela incite à rechercher de nouvelles voies, à innover différemment et à créer plus de valeur.

Même si elle a vu le jour dans les pays émergents, elle est désormais considérée comme un impératif stratégique par les entreprises occidentales.  La raison en est le changement d’attitude des consommateurs. En effet, ils exigent d’elles qu’elles agissent de manière responsable aux plans social et environnemental. Il s’agit donc non seulement de faire plus avec moins, mais aussi mieux.

Parmi ces entreprises, certains leaders du marché tels qu’UNILEVER et RENAULT NISSAN ont décidé d’adopter l’innovation frugale. Ils ont choisi de réduire leur impact environnemental, de lancer des produits low cost de bonne qualité ou d’adopter un modèle économique qui privilégie une approche sociale. Désormais, tous considèrent que l’innovation frugale est applicable dans leur domaine d’activité et qu’elle est profitable pour leur business.

L’innovation frugale et les 5 tendances du nouvel ordre mondial

L’innovation frugale prend en compte 5 tendances qui s’imposent désormais dans le nouvel ordre mondial aux plans économique, social et environnemental. Il s’agit de :

  1. La consommation collaborative. C’est un modèle économique où l’usage d’un bien, d’un service, d’une information prédomine sur la propriété. Les exemples abondent depuis 2000 avec la création des plateformes de troc ou d’échanges, d’achats groupés, de crowdfunding, de location entre particuliers, de covoiturage, etc.
  2. L’économie circulaire. Ce concept économique s’inscrit dans le cadre du développement durable. Il vise à produire des biens et des services en limitant la consommation et le gaspillage des matières premières, de l’eau et des énergies non renouvelables. Pour finir, il referme du cycle de vie par l’intégration du recyclage dès la phase de conception de même que la valorisation des déchets.
  3. Les makers. Nouvelle génération de bricoleurs futés, ils associent des pratiques et des outils issus de l’artisanat à des technologies de pointe (imprimantes 3D et logiciels de CAO). Ils s’en servent pour fabriquer des objets en passant du « Do It Yourself » au « Do It Together ». Pour ce faire, ils s’appuient sur leur communauté avec pour objectif la réalisation de prototypes ou de séries d’objets limitées à petits prix.
  4. Le développement durable. Il est défini par le Rapport Brundtland en 1987 comme un développement répondant aux besoins du présent sans compromettre pour autant la capacité des générations futures à leurs propres besoins.
  5. Le numérique. Désormais omniprésent, ses usages ont profondément bouleversé notre société (Internet, smartphones, Internet des objets et robotique). Les entreprises en ont aussi subi l’impact de plein fouet (dématérialisation des process et explosion des Data).

 

Pourquoi l’innovation frugale va-t-elle prévaloir ?

Cependant, l’approche trop techno-centrée prônée par de grands groupes autour des Smart Cities n’est pas adaptée. L’intégration de l’humain doit prévaloir dans les usages du numérique pour faire des villes des lieux agréables à vivre qui privilégient le social.

L’adoption de ces tendances par les consommateurs est irréversible. Ils sont fortement impliqués dans ce nouvel ordre mondial. C’est parce qu’il répond à des attentes auxquelles ils n’ont pas reçu de réponses de la part des politiques comme des entreprises, à savoir :

  • Une solution rapide à leurs problèmes même si elle n’est pas parfaite
  • Les synergies, l’écoute et l’empathie d’une communauté
  • L’engagement de leurs pairs pour la mise en œuvre et la cocréation de solutions par l’action.

Selon une étude du CREDOC de décembre 2013, face à la crise économique, les consommateurs français ont décidé d’opter pour une frugalité choisie. Désormais, ils recherchent des biens et des services à prix bas. Ils diminuent aussi leur consommation pour certains produits (viande). Enfin, ils adoptent une nouvelle stratégie d’achat (marchandage, troc en ligne, seconde vie des objets…).

A cela s’ajoute la prise de conscience que nous vivons sur une planète de plus en plus exiguë du fait de l’accroissement de la population. Ses ressources sont finies, ce qui conduit les citoyens que nous sommes à prendre les choses en main et à devenir des consomm’acteurs. Les moyens sont parfois dérisoires, mais la volonté et la capacité d’agir est forte grâce à la multitude.

Un changement de paradigme

Cela conduit bien sûr pour les entreprises à revoir les modèles économiques actuels et leur manière d’aborder les marchés. L’intégration des utilisateurs en phase de conception de produits et de services selon une approche de collaboration et de partage doit donc être privilégiée. Cela doit permettre de :

  • Faire preuve d’empathie afin de traiter les problèmes
  • Savoir identifier des opportunités face aux contraintes
  • Imaginer comment faire plus et mieux avec moins de ressources
  • Opter pour la simplicité en privilégiant les fonctions essentielles
  • Réaliser vite et à peu près bien et de manière flexible et peu coûteuse
  • Intégrer l’humain pour limiter les exclusions.

En ce sens, Navi Radjou traduit bien les problématiques actuelles de nos sociétés occidentales et présente des alternatives crédibles et transposables centrées sur l’humain.

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